Lugny-les-Charolles, quand la radio résistait


Bourgogne, 1943
À première vue, Lugny-les-Charolles n’est qu’un village paisible du Charolais. Quelques maisons, une gare modeste, des chemins bordés de haies, des bois alentour. Mais pendant la Seconde Guerre mondiale, cette tranquillité n’est qu’une illusion.

Depuis 1940, la France est coupée en deux. La ligne de démarcation passe non loin de là. Lugny devient un point de passage discret, stratégique, presque invisible. Sa gare marque le dernier arrêt ferroviaire en zone libre avant la zone occupée. Un détail en apparence… mais crucial pour la Résistance.

L’Hôtel Bouillon : un refuge en apparence ordinaire

Au centre du village se dresse l’Hôtel Bouillon. Un lieu banal, fréquenté par des voyageurs, des commerçants, parfois des cheminots. Rien qui attire l’attention. Et pourtant…
C’est ici que s’installe Lazare Bonin, agent radio du réseau Bouleau, rattaché au BCRA (Bureau Central de Renseignements et d’Action), le service secret de la France libre à Londres.
Son nom de code circule dans le silence. Sa mission est simple à formuler, mais terriblement dangereuse : émettre vers Londres.

À ses côtés, Jean-Marie Bonin, son oncle, assure les liaisons, la couverture et la logistique. Dans une chambre, parfois la nuit, parfois à l’aube, Lazare installe son matériel. Quelques minutes suffisent pour transmettre… ou pour être repéré.
La radio clandestine : une arme invisible


Chaque émission est un pari sur la vie.

Les messages sont transmis en morse, à destination de Londres :
– mouvements de troupes allemandes
– repérage de terrains de parachutage
– coordination des groupes de Résistance
Les Allemands disposent de véhicules de radiogoniométrie, capables de localiser une émission en quelques minutes. Trop long, trop fort, trop souvent… et c’est l’arrestation.

À Lugny-les-Charolles, la radio ne divertit pas. Elle sauve, elle alerte, elle relie un village à la France libre. Elle fait de ce lieu discret un maillon essentiel de la lutte clandestine.
La nuit du 7 au 8 mai 1944

Le printemps 1944 est lourd de menaces. Les réseaux sont fragilisés. Les arrestations se multiplient en Bourgogne.
Dans la nuit du 7 au 8 mai 1944, la répression frappe Lugny-les-Charolles. Les Allemands perquisitionnent, interrogent, arrêtent.
Le réseau Bouleau est touché.
Marie-Augustine Godon, compagne de Jean-Marie Bonin, est arrêtée. Elle n’est pas opératrice radio. Elle n’émet pas. Mais elle sait. Et cela suffit.
Déportée au camp de Ravensbrück, elle y meurt en décembre 1944, à l’âge de 55 ans.
Jean-Marie Bonin échappe de peu à l’arrestation et survivra jusqu’à la Libération.
À Lugny, le silence retombe. La radio s’est tue.
Entendre aujourd’hui ce que l’on ne peut plus transmettre

Aujourd’hui, il est impossible de refaire parler ces émetteurs clandestins.
Mais il est encore possible d’entendre l’époque.

La collection de Daniel Desroches rassemble des postes de réception de radiodiffusion à lampes, datant de la fin des années 1930 aux années 1950. Ces radios ne servaient pas à transmettre clandestinement. Elles servaient à écouter.
Et c’est précisément là que le lien se fait.
Ces postes permettent de retrouver :
– le souffle des lampes
– les craquements
– les voix lointaines
– l’importance de la radio dans chaque foyer
Ils replacent Lugny-les-Charolles dans son univers sonore, celui que connaissaient Lazare Bonin et ses compagnons lorsqu’ils vivaient, cachaient, transmettaient… et risquaient tout.
Voir la collection


La collection de Daniel Desroches De Palinges est visible lors :
- des Journées du Patrimoine
- d’expositions locales
- de présentations organisées avec des associations ou des collectivités
Mémoire
À Lugny-les-Charolles, la radio n’a pas servi à distraire.
Elle a servi à résister.
Chaque signal émis depuis ce village était un acte de courage.
Chaque silence imposé fut une blessure.
Aujourd’hui, les postes de radiodiffusion nous rappellent que, dans ces années sombres, un simple signal pouvait changer un destin.
En savoir plus sur LVP71
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
