28/02/2026
Figures de l'histoire de France 1939-1945

La France face à elle-même : résistances, collaborations et ambiguïtés (1939-1945)

Préambule

La semaine passée, j’ai publié sur mon site un article consacré aux racines profondes de la France, en rappelant que notre histoire ne commence pas avec le baptême de Clovis. Les recherches menées pour rédiger cet article ont été passionnantes. Elles m’ont surtout confirmé une chose : l’Histoire est souvent plus complexe que le récit simplifié que l’on en fait.

J’ai entendu des personnalités politiques — Sarah Legrain (La France Insoumise), , Boris Vallaud (Parti Socialiste) et Sandrine Rousseau (Europe Écologie Les Verts) — rappeler que parmi les fondateurs du Front national figurait Pierre Bousquet, un ancien membre de la Waffen-SS.

Cette affirmation m’a immédiatement interpellé. Non pas pour défendre qui que ce soit, mais parce que toute déclaration historique mérite d’être examinée avec rigueur, précision et recul.

Je tiens à le dire clairement : ma démarche n’est guidée par aucun parti pris. Je n’appartiens à aucun parti politique et je n’adhère à aucune idéologie. Par les temps actuels, il est malheureusement facile d’être catalogué ou étiqueté. À ceux qui seraient tentés de voir dans ces lignes une quelconque orientation politique, je réponds simplement qu’il n’en est rien.

Ma seule motivation est la recherche de la vérité historique.

L’Histoire de France — comme toute Histoire nationale — a parfois été racontée, interprétée ou orientée pour servir des intérêts : ceux de l’État, de formations politiques ou d’intérêts particuliers. Il ne s’agit pas ici de réécrire l’Histoire, mais de l’examiner avec recul, honnêteté et réalisme.

Rien n’est jamais totalement blanc ou totalement noir.
La période de la collaboration et de la Résistance, en particulier, exige nuance, précision et prudence. Les faits méritent d’être étudiés sans passion excessive, sans simplification abusive, et sans instrumentalisation.

Cette page n’a donc aucune vocation politique.
Elle s’inscrit uniquement dans un souci de vérité, de compréhension et de fidélité aux faits.

La France face à elle-même (1939-1945)

Collaboration, Résistance, idéologies et fracture nationale

La période 1939-1945 ne peut être comprise à travers une lecture partisane simpliste.
Ni la Résistance ne fut l’apanage exclusif de la gauche.
Ni la Collaboration ne fut le monopole de la droite.

La fracture traversa l’ensemble de la société française :
militaires, socialistes, nationalistes, catholiques, radicaux, intellectuels, ouvriers, bourgeois.

L’Histoire n’est pas un outil d’accusation contemporaine.
Elle impose la précision.


I. Des hommes issus de la gauche dans la Collaboration

La collaboration ne fut pas uniquement le fait de conservateurs ou de monarchistes.

🇫🇷 Marcel Déat

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Ancien député socialiste (SFIO), théoricien du néosocialisme, il fonde le RNP (Rassemblement national populaire).
Il devient l’un des principaux partisans d’une collaboration active avec l’Allemagne nazie.
Condamné à mort par contumace en 1945.


🇫🇷 Jacques Doriot

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https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/b0/Jacques_Doriot_in_German_uniform.jpg/960px-Jacques_Doriot_in_German_uniform.jpg

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Ancien cadre dirigeant du Parti communiste français.
Exclu du PCF, il fonde le Parti populaire français (PPF), d’inspiration fasciste.
Il combat sous uniforme allemand sur le front de l’Est.
Il meurt en 1945.


🇫🇷 Pierre Laval

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Issu de la gauche radicale, ancien président du Conseil sous la IIIe République.
Chef du gouvernement de Vichy.
Acteur central de la collaboration d’État et des déportations.
Fusillé en octobre 1945.


II. Des nationalistes et conservateurs dans la Résistance

La Résistance ne fut pas exclusivement progressiste.


🇫🇷 Honoré d’Estienne d’Orves

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https://www.herodote.net/Images/EstiennedOrves.jpg

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Officier de marine issu d’un milieu aristocratique catholique, marqué par une culture monarchisante et traditionnelle.

Son nationalisme est d’abord un patriotisme d’honneur : fidélité à la France, à son indépendance, à sa continuité historique.

Dès l’été 1940, il rejoint Londres et se met au service de la France Libre.
Il participe aux premières missions de renseignement en France occupée.

Arrêté dès janvier 1941, il est fusillé au Mont-Valérien en août 1941.

Il est l’un des premiers officiers supérieurs exécutés.
Son sacrifice marque profondément la jeune Résistance gaulliste.


🇫🇷 Georges Loustaunau-Lacau

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Nationaliste, farouchement anticommuniste dans l’entre-deux-guerres.
Fondateur du réseau Alliance.
Arrêté et déporté à Mauthausen.


🇫🇷 Gilbert Renault (Colonel Rémy)

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Issu d’un milieu catholique conservateur, ancien sympathisant de l’Action française dans sa jeunesse.

Il fonde le réseau de renseignement « Confrérie Notre-Dame », l’un des plus efficaces au service de Londres.


🇫🇷 Charles de Gaulle

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Issu d’une famille catholique pratiquante et patriote du Nord de la France, formé dans la tradition militaire française.

Son nationalisme repose sur :

  • l’indépendance absolue de la nation,
  • la souveraineté de l’État,
  • la primauté de la légitimité nationale sur les régimes,
  • la conviction que la France possède une mission historique.

Hostile au parlementarisme instable de la IIIe République, il n’adhère toutefois à aucun mouvement fasciste ou monarchiste.

Le 17 juin 1940, il refuse l’armistice.
Le 18 juin, il lance l’appel à la Résistance depuis Londres.

Son engagement n’est pas seulement militaire :
il fonde une légitimité politique alternative à Vichy,
structure les Forces françaises libres,
impose la continuité de l’État français dans le camp allié.

Son nationalisme est républicain, souverainiste et indépendantiste vis-à-vis de toutes les puissances, y compris alliées.


🇫🇷 Philippe Leclerc de Hauteclocque

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Issu d’une famille catholique et traditionaliste, formé dans une culture d’honneur et de fidélité.

Son nationalisme est d’abord militaire :
fidélité à la France, refus de la défaite, refus de l’humiliation nationale.

Dès juillet 1940, il rallie de Gaulle à Londres.
Il organise la France Libre en Afrique équatoriale.

En mars 1941, il prononce le serment de Koufra :
ne déposer les armes que lorsque le drapeau français flottera sur Strasbourg.

Il commande la 2e Division Blindée :
débarque en Normandie en 1944,
participe à la libération de Paris,
poursuit la campagne jusqu’en Allemagne.

Son engagement est constant :
militaire, patriote, fidèle à la légitimité gaulliste.


Le néosocialisme est un courant apparu dans la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière) à la fin des années 1930, peu avant la guerre. Il est porté par des dirigeants comme Marcel Déat et Adrien Marquet. Ce courant cherche à adapter le socialisme à une France industrielle en crise et se distingue du socialisme traditionnel par plusieurs éléments clés :

  1. Primauté de l’État
    Le néosocialisme défend un État fort, capable de planifier l’économie et de guider la société.
    L’accent est mis sur l’efficacité et l’ordre plutôt que sur la liberté individuelle ou la démocratie parlementaire traditionnelle.
  2. Direction par une élite éclairée
    Selon cette doctrine, le peuple ne peut pas toujours comprendre ce qui est « bon pour lui ».
    Les dirigeants et technocrates doivent donc décider des grandes orientations politiques et économiques, parfois sans consultation populaire.
  3. Dépassement des luttes partisanes et de classe
    Les néosocialistes considèrent que les conflits de classes et les débats parlementaires paralysent l’action de l’État.
    L’intérêt général, tel que défini par l’élite dirigeante, prime sur les revendications individuelles ou locales.
  4. Technocratie et autorité
    La doctrine ouvre la voie à une forme d’autoritarisme « éclairé » : le pouvoir doit être concentré pour atteindre la rationalité économique et sociale.
    Ce mélange d’interventionnisme étatique et de rejet du suffrage direct est une caractéristique centrale.

Contexte historique

  • Au sein du Front populaire (1936-1938), ce courant reste minoritaire mais influent.
  • Il s’oppose en partie au socialisme classique et aux syndicalistes révolutionnaires.
  • Après 1940, plusieurs figures néosocialistes, comme Déat, basculent dans la collaboration avec Vichy, ce qui montre la continuité entre certaines idées autoritaires et la collaboration.

En résumé, le néosocialisme est une idéologie qui valorise l’autorité, l’élite dirigeante et la planification étatique au détriment du débat démocratique direct. Ce courant, né dans la SFIO du Front populaire, a inspiré des pratiques politiques autoritaires et a été critiqué par des contemporains comme Antoine de Saint-Exupéry, qui dénonçait le sacrifice de l’homme au profit d’un système.

III. Le néosocialisme : autorité et élite dirigeante

Le néosocialisme des années 1930 prône :

  • planification économique
  • primauté de l’État
  • dépassement de la lutte des classes
  • direction par une élite éclairée

Chez certains de ses théoriciens apparaît l’idée que le peuple ne peut saisir la complexité des enjeux, et que des dirigeants compétents doivent décider à sa place.

Cette conception ouvre la voie à une technocratie autoritaire.

En 1943, dans Lettre à un otage,
Antoine de Saint-Exupéry dénonce les idéologies qui sacrifient l’homme à un système.

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Il rappelle que l’homme ne peut être réduit à une abstraction politique.

  1. Primauté de l’État
    Le néosocialisme défend un État fort, capable de planifier l’économie et de guider la société.
    L’accent est mis sur l’efficacité et l’ordre plutôt que sur la liberté individuelle ou la démocratie parlementaire traditionnelle.
  2. Direction par une élite éclairée
    Selon cette doctrine, le peuple ne peut pas toujours comprendre ce qui est « bon pour lui ».
    Les dirigeants et technocrates doivent donc décider des grandes orientations politiques et économiques, parfois sans consultation populaire.
  3. Dépassement des luttes partisanes et de classe
    Les néosocialistes considèrent que les conflits de classes et les débats parlementaires paralysent l’action de l’État.
    L’intérêt général, tel que défini par l’élite dirigeante, prime sur les revendications individuelles ou locales.
  4. Technocratie et autorité
    La doctrine ouvre la voie à une forme d’autoritarisme « éclairé » : le pouvoir doit être concentré pour atteindre la rationalité économique et sociale.
    Ce mélange d’interventionnisme étatique et de rejet du suffrage direct est une caractéristique centrale.

Contexte historique

  • Au sein du Front populaire (1936-1938), ce courant reste minoritaire mais influent.
  • Il s’oppose en partie au socialisme classique et aux syndicalistes révolutionnaires.
  • Après 1940, plusieurs figures néosocialistes, comme Déat, basculent dans la collaboration avec Vichy, ce qui montre la continuité entre certaines idées autoritaires et la collaboration.

En résumé, le néosocialisme est une idéologie qui valorise l’autorité, l’élite dirigeante et la planification étatique au détriment du débat démocratique direct. Ce courant, né dans la SFIO du Front populaire, a inspiré des pratiques politiques autoritaires et a été critiqué par des contemporains comme Antoine de Saint-Exupéry, qui dénonçait le sacrifice de l’homme au profit d’un système.


IV. Les origines du Front national

Le Front national est fondé en 1972 autour de Jean-Marie Le Pen.

Parmi ses cofondateurs figure :

🇫🇷 Pierre Bousquet

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https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/03/Pierre_Bousquet.jpg/250px-Pierre_Bousquet.jpg

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Volontaire français dans la division Charlemagne de la Waffen-SS.
Combat sur le front de l’Est sous uniforme allemand.
Après-guerre, militant nationaliste.
Cofondateur et premier trésorier du FN.

Ce fait est établi.


V. Le débat démocratique moderne

En 2005, les Français rejettent par référendum le projet de Constitution européenne.

En 2008, sous la présidence de
Nicolas Sarkozy,
le traité de Lisbonne est ratifié par voie parlementaire.

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https://www.cvce.eu/content/publication/2007/12/20/e9b21b47-a5d4-4648-9c5e-f7706a782944/publishable.jpg
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La procédure était constitutionnellement légale.
Mais elle a nourri un débat durable sur la souveraineté populaire et la représentation.


Conclusion

La période 1940-1944 ne confirme aucune lecture partisane contemporaine.

Des hommes de gauche ont collaboré activement.
Des nationalistes ont résisté héroïquement.
Des figures de la droite nationale ont eu un passé dans la Waffen-SS.
Des responsables républicains ont dirigé la collaboration d’État.

La fracture fut morale avant d’être politique.

L’Histoire oblige à reconnaître une vérité simple :
le courage et la lâcheté ne portent pas d’étiquette fixe.

Rien n’est jamais totalement blanc.
Rien n’est jamais totalement noir.


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