Dernier volet : genèse de ma passion – Jacques

Mon oncle Jacques m’a transmis le goût de l’Histoire et des transmissions. Entre anecdotes d’enfant et carrière militaire atypique, découvrez la genèse de ma passion.
Dans les dernières pages consacrées aux liens entre ma famille et le monde des transmissions, je conclus cette série en évoquant mon oncle Jacques.
Il était un enfant rêveur, un peu lunaire. Un jour, alors qu’il n’était encore qu’un petit garçon, il monta clandestinement dans un camion. Il s’était mis en tête de rejoindre Paris… drôle d’idée, surtout à cet âge. L’aventure fut de courte durée : il fut rapidement récupéré par la maréchaussée. À cette époque, on ne plaisantait pas avec les enfants turbulents — ni même avec les rêveurs — et il fut placé en maison de correction. Eh oui, en ce temps-là, on ne badinait ni avec l’éducation ni avec la discipline. Était-ce un bien ou un mal ? Je laisse les spécialistes en débattre.

Vers l’âge de 18 ans, Jacques souhaita devancer l’appel. Mais la majorité étant alors fixée à 21 ans, il lui fallait l’autorisation de mes grands-parents. La France était engagée dans un conflit, nous étions au début des années 60, et les appelés y étaient directement impliqués. Mes grands-parents refusèrent donc de signer la dérogation. Mais dès ses 21 ans atteints, Jacques mit son rêve à exécution : il s’engagea.

Sa carrière fut pour le moins atypique. Recruté comme simple soldat, il gravit les échelons grâce à ses qualités et à son travail, passant de première classe à Adjudant puis au grade d’officier. Lorsque j’étais moi-même sous les drapeaux, je racontais cette histoire à mon supérieur, qui me confirma que, pour l’époque, il était extrêmement rare — avec pour seul bagage un certificat d’études — d’accéder au corps des officiers.

Mon oncle était un érudit autodidacte, passionné d’histoire. Très vite, au sein de l’armée, il prépara et réussit plusieurs diplômes, notamment en gestion et en comptabilité. Toute sa carrière se déroula dans les transmissions, domaine qu’il ne quitta jamais, jusqu’à sa disparition à la fin des années 1990. Hélas, il était encore trop jeune : il n’avait alors pas encore cinquante ans.

Je ne le voyais que très rarement, car la vie militaire laissait peu de place au temps libre, temps qu’il consacrait presque exclusivement à ma grand-mère. Pourtant, je garde de ses visites à la maison le souvenir de grandes balades et de discussions passionnantes sur l’Histoire et les grands hommes. J’ai toujours été impressionné par sa culture, d’autant plus qu’il ne l’imposait jamais : il aimait juste la partager.


Il me reste de lui quelques photos, un uniforme et son képi de capitaine, qui trône aujourd’hui dans ma station de radioamateur. Selon l’expression consacrée, il est « dans mon shack ».
Même si le temps passe et que certains souvenirs s’estompent, j’ai conservé de lui les récits des grands hommes et des événements qui ont façonné la France, mon pays. Grâce à lui, j’ai gardé le goût de l’histoire et de notre nation, même si aujourd’hui je n’y vois plus vraiment de grandes femmes ou de grands hommes, et que le mot patrie n’a plus vraiment la cote.


Je sais que je ne devrais peut-être pas dire cela, au risque d’être vite invectivé et traité de nationaliste dangereux. Pourtant, je crois que l’on peut être humaniste sans pour autant accepter tout ce qui se passe aujourd’hui. J’aimais simplement mon pays, et mon oncle Jacques y a largement contribué.
Au Capitaine Jacques Guillemoz
Pascal F0DMG







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