17/02/2026
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Un personnage hors norme, enfant du bassin minier

Il est des parcours qui ressemblent à des romans.
Celui du docteur Jean-Paul Guillemin en fait partie.

Décédé le 7 décembre 2014 à l’âge de 67 ans, il laisse derrière lui bien plus qu’un curriculum impressionnant : une empreinte profonde dans la mémoire du bassin montcellien. Ses obsèques furent célébrées le 10 décembre en l’église de Montceaux-l’Étoile, dans une émotion à la hauteur de l’homme qu’il fut.

Né en juin 1947 à Montceau-les-Mines, enraciné dans la région parodienne, il appartient à cette génération marquée par la valeur du travail. Certificat d’études en poche, il commence à 14 ans comme tourneur chez Amefo à Chambilly. L’usine, le bruit des machines, la rigueur du geste répété.

Rien ne laissait alors présager une carrière médicale.

Et pourtant.

Quatre ans plus tard, il quitte l’atelier pour entrer à l’hôpital de Paray comme aide-soignant. Ce premier contact avec le monde hospitalier agit comme une révélation. Il devient infirmier, puis entreprend des études de médecine. Des années d’efforts, menées sans renier ses origines ouvrières. Il obtient son doctorat et se spécialise en anesthésie, en réanimation, en médecine d’urgence, en toxicologie et en médecine légale.

En 1985, il est à l’origine de la création du SMUR de Montceau. Trois ans plus tard, le 4 novembre 1988, il prend la tête des urgences de l’hôpital, fonction qu’il exercera jusqu’à sa retraite début 2012.

Durant ces années, combien de vies sauvées ? Combien de familles accompagnées dans l’angoisse ? Combien de décisions prises en quelques secondes ?

Médecin légiste depuis 1986, expert près la cour d’appel de Dijon, il a autopsié presque toutes les victimes de meurtre du département durant plusieurs décennies. Un rôle lourd, exigeant, où la précision scientifique se mêle à la gravité humaine. Là encore, il était présent. Discret, méthodique, implacable quand il s’agissait d’établir la vérité.

Installé à Ciry depuis une trentaine d’années, il s’était également engagé avec passion chez les sapeurs-pompiers. Entré en juin 1986, il deviendra médecin-colonel en 2012. Médecin-chef adjoint du SDIS 71, il participa à la mise en place du plan rouge au niveau départemental, dispositif destiné aux situations à nombreuses victimes. Une responsabilité majeure dans un territoire industriel où le risque n’était jamais théorique.

Les distinctions sont nombreuses : chevalier dans l’ordre national du Mérite, médaille d’honneur des sapeurs-pompiers, lauréat de la Fondation de la Vocation. Mais ceux qui l’ont connu savent que ces décorations n’étaient pas son moteur.

Le lieutenant-colonel Jean-Philippe Rebet parlait d’une personnalité « un peu rude, entière mais profondément humaine, généreuse et très attachante ».
Le commandant Fabrice Berthelon, au commissariat de Montceau, confiait qu’il faisait « partie de la famille », toujours présent, de jour comme de nuit.

Voilà sans doute le plus bel hommage : un homme indispensable, parce qu’il était fiable.


Une figure forte de la mémoire locale

Le bassin minier a produit des hommes solides. Jean-Paul Guillemin en était l’un des représentants les plus emblématiques.

Il connaissait le monde ouvrier de l’intérieur. Il parlait aux mineurs, aux sidérurgistes, aux familles modestes sans distance ni condescendance. Il savait d’où il venait. Peut-être est-ce là que se trouve le secret de son engagement : ne jamais oublier.

Dans les couloirs du Centre hospitalier Jean-Bouveri, son nom reste associé à l’exigence, à la rigueur et à la droiture. Il appartenait à cette génération de médecins pour qui la médecine était un service public au sens noble du terme.


Et puis, il y avait les ondes

On connaît le médecin. On connaît le légiste. On connaît le colonel des pompiers.

On connaît moins le radioamateur.

Curieux de nature, il s’intéressait aussi à la communication par les ondes. Un jour, il sollicita Daniel, F1DJR, un très bon copain radioamateur dont la gentillesse et le dévouement sont connus de nous tous, pour lui emprunter ses cours de préparation à la licence.

En règle générale, cette préparation demande plusieurs mois à un passionné.

Pour lui, ce fut une autre démonstration de détermination.

Quelques jours plus tard, mission accomplie.

Licence obtenue.
Indicatif attribué : F1FJO.

Cela ne surprendra personne. Lorsqu’il décidait d’apprendre, il apprenait vite. Lorsqu’il entreprenait quelque chose, il allait au bout.


Ma réflexion personnelle

Ce qui me frappe, en retraçant son parcours, ce n’est pas seulement la réussite.
C’est le travail.

Partir de l’usine à 14 ans.
Reprendre des études.
Devenir médecin.
Servir sans relâche pendant des décennies.

Il n’y a rien de spectaculaire dans cela.
Il y a simplement de la volonté.

Il n’a jamais renié d’où il venait. Peut-être est-ce pour cela qu’il comprenait si bien les gens d’ici. Il parlait vrai. Il agissait. Il assumait.

Et même dans sa passion pour la radio, on retrouvait la même chose : curiosité, rigueur, efficacité. Il voulait comprendre. Alors il a appris. Rapidement. Sérieusement. Et il est devenu F1FJO.

Au fond, son parcours nous rappelle qu’on peut partir de peu et aller loin, à condition de travailler, de persévérer et de rester droit.

Si j’ai écrit ces lignes aujourd’hui, c’est aussi grâce à un ami.

Un homme d’exception mérite qu’on prenne le temps de se souvenir



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