04/04/2025
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Le jour où je rencontrai le Petit Prince et son créateur, Antoine de Saint-Exupéry, je n’avais qu’une dizaine d’années. C’était au Creusot, dans les années 60, et comme le voulait la tradition, nous rendions visite aux voisins âgés et isolés pour leur souhaiter une bonne année. Parmi eux, Madame Brezinski, une vieille dame polonaise d’une gentillesse infinie, malgré une vie marquée par le labeur et les épreuves. Son mari disparu, elle trouvait encore la force de sourire et d’accueillir chaleureusement ceux qui venaient la voir.

Ses fils vivaient aux États-Unis. L’un travaillait sur les propulseurs des fusées pour la NASA, l’autre dans l’industrie du cinéma à Los Angeles. Le troisième, sous l’occupation résistant, avait été torturé par les Allemands, resté handicapé, il vivait, dans un établissement médical militaire à Paris. Malgré ces drames, Madame Brezinski restait une femme douce et généreuse.

Ce premier jour de l’an, comme chaque année, un gâteau polonais nous attendait. Un petit verre de rhum était réservé à mon père, tandis que mon regard d’enfant s’attardait sur les icônes religieuses accrochées aux murs, éclatantes de couleurs et de mystère.

Mais ce jour-là, un événement inattendu allait marquer ma vie à jamais. Madame Brezinski me tendit un petit paquet enveloppé dans un papier gris, cerclé d’un ruban jaune. Fébrile, je défaisais l’emballage sans imaginer un seul instant l’importance du trésor qu’il renfermait. C’était un livre : Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry. Bien plus tard, je compris qu’il s’agissait d’une édition originale, publiée en 1943 aux États-Unis.

Je lus ce livre avec passion, captivé par la tendresse et la magie de ce conte qui me semblait écrit pour moi. Ce fut le début d’un appétit insatiable pour la lecture, une porte ouverte sur des mondes infinis. Plus tard, à différentes époques de ma vie, je le relus encore et encore, découvrant à chaque fois de nouvelles dimensions : la profondeur des sentiments humains, l’amour, la cupidité, l’orgueil, mais aussi l’importance de prendre soin de notre planète. Il me révélait un sens à la vie, bien éloigné des illusions matérielles de notre société consumériste, où l’argent prime trop souvent sur l’humain.

Aujourd’hui, alors que les années ont filé et que j’entre dans le dernier quart de ma vie, ce livre continue de m’accompagner. Chaque relecture m’apporte un nouvel éclairage, une nouvelle leçon. Le Petit Prince m’a non seulement fait rencontrer un enfant curieux et empli de bon sens, mais il m’a aussi révélé l’homme derrière lui : Antoine de Saint-Exupéry. Héros de l’Aéropostale, humaniste visionnaire, il avait perçu les dérives de notre époque bien avant qu’elles ne deviennent notre réalité. Sa Lettre au général X, écrite un an avant sa disparition en mission au-dessus de la Méditerranée, résonne aujourd’hui avec une pertinence troublante, il nous alertait.

Toute ma vie, lorsque j’ai eu des choix à faire ou des dilemmes à résoudre, je me suis tourné vers ses écrits pour y puiser une sagesse intemporelle.

Lisez Le Petit Prince, quel que soit votre âge. Il est un enseignement universel, une poésie immortelle. Peut-être alors, comme moi, vous aimerez une rose pour l’éternité et aurez, un petit renard pour ami.

Mon livre est toujours là, près de moi, il est mon trésor.

« On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. »

« Je dédie ce texte à Madame Brezinski, une étoile bienveillante dont le souvenir n’a jamais arrêté d’illuminer mon cœur. Elle fut cette bonne fée que le destin, dans sa grande générosité, m’offrit un jour, et à qui je resterai reconnaissant éternellement. »


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