23/07/2024

La genèse de ma passion pour la radio remonte à mes dix ans, lorsque la télévision française a diffusé le magnifique film de Christian-Jaque, « Si tous les gars du monde« . Ce film racontait l’histoire poignante d’un chalutier de Concarneau, le « Lutèce ».

Alors qu’il se trouvait en pleine mer du Nord, l’équipage fut frappé par le botulisme après avoir consommé un jambon avarié, apporté par le second du capitaine. La radio de bord étant hors service, il leur était impossible de demander de l’aide. Mais le capitaine du « Lutèce » avait avec lui un émetteur-récepteur radioamateur. En lançant des appels répétés, il réussit à contacter un radioamateur installé au Togo.

Ce fut le début d’une chaîne de solidarité à travers le monde, le Togo, Paris, l’Allemagne, traversant même le mur de Berlin et cela en dépit des antagonismes entre Russes et Américains. Le chalutier finit par regagner Concarneau, son équipage sain et sauf, après que des vaccins leur aient été parachutés et après de nombreuses péripéties.

Ce film m’a profondément touché car il démontre que si tous les êtres humains avaient la même envie de fraternité que celle des radioamateurs, alors les guerres n’auraient plus lieu d’être, et la paix régnerait.

Au vu des événements actuels, cette réflexion est malheureusement toujours d’actualité. « Ah, si tous les gars du monde se donnaient la main ! »

C’est à la suite de la diffusion de ce film que la petite graine de la passion a éclos en moi, et je dois bien avouer qu’après les 55 ans qui se sont écoulés depuis avoir vu ce film, cette passion, pour moi demeure intacte !

Quelques années plus tard, j’ai commencé à acheter des magazines d’électronique, en particulier « Le Haut-Parleur », et j’ai entrepris mes premiers montages de récepteurs à super réaction. Bien sûr, ils ne fonctionnaient jamais correctement. Un jour, j’ai présenté mes réalisations à un OM, malheureusement aujourd’hui disparu et dont la présence me manque beaucoup, F6FTE, Emile. En les observant, il a esquissé un sourire et m’a dit : « Tu sais, Pascal, tes montages ne fonctionneront jamais ! » J’étais interloqué. Il a ajouté, ‘Eh bien oui, il n’y a que les maçons qui réussissent ce type de montage !’ ‘Tu as mis trop de soin dans la réalisation de tes circuits imprimés et de l’implantation de tes composants électroniques.

Pour faire osciller un transistor (principe du récepteur à super réaction), il faut le faire de façon plus rudimentaire, comme un maçon.’ Sacré Emile, il m’avait rassuré ! Je suis passé à autre chose, car pour être honnête, la super réaction n’était pas pour moi. Je n’ai jamais réussi ce type de montage.

Ensuite, est venue l’époque de la « Citizen-band », avec tous les avantages qu’elle offrait en termes d’accès à des compétences et d’apprentissage des rudiments techniques ainsi que des bonnes pratiques en matière de communication radio. Malheureusement, la CB avait aussi ses travers. Lorsqu’il y a de la liberté, il y aura toujours des personnes qui en abuseront au détriment du plus grand nombre.

J’ai passé une longue période en tant que SWL (écouteur d’ondes courtes), ce qui constitue également une excellente école. On y apprend beaucoup avant de franchir une nouvelle étape. Puis, passionné par les VHF et ce qu’elles permettent, j’ai passé le certificat de radioamateur de classe 3, non CEPT. Après l’obtention de mon certificat, l’autorité de tutelle m’a attribué l’indicatif F0DMG. Chez les radioamateurs, nous nous connaissons souvent seulement par nos noms ou nos prénoms.

Avant de terminer mon récit, je vais vous raconter un moment particulier que j’ai vécu à l’époque où j’étais SWL. À cette période, je vivais au Creusot et je travaillais à l’unité de traction de Creusot Loire, devenue aujourd’hui Alsthom. Après mes certifications de soudure, j’ai travaillé dans la programmation de robots de soudage, ce qui a été une période passionnante de ma vie.

Un soir, à l’heure du repas, la sonnette de mon appartement a retenti et je me suis retrouvé face à un vieil homme en larmes. S’excusant de me déranger, il m’a expliqué la raison de son chagrin. Il venait de perdre son épouse et n’arrivait pas à joindre son fils, qui était cuisinier sur un yacht, pour lui annoncer la triste nouvelle. Le service radio à Saint-Lys n’arrivait pas à contacter le navire, qui se trouvait à ce moment-là au large des côtes de Floride. Le vieil homme avait remarqué les antennes sur mon balcon et, désespéré, avait décidé de tenter sa chance en venant frapper à ma porte.

Touché par son histoire, je lui ai expliqué que, n’étant qu’un simple écouteur, je n’avais pas le droit d’émettre sur ondes courtes. J’ai alors pensé mon ami Emanuel F6AIR, qui avait sa licence. J’ai expliqué à mon visiteur que je ferais de mon mieux pour que son fils soit informé de cette douloureuse actualité. J’ai pris mon casque, mes gants, enfourché ma moto pour rejoindre l’école de Montchanin (71), où F6AIR occupait un appartement de fonction en tant que directeur. Arrivé, j’ai expliqué à Emanuel la raison de ma visite.

Une fois de plus, l’esprit radioamateur a fait des merveilles. Nous nous sommes retrouvés dans le couloir de son appartement, assis devant une petite table où trônait un Sommerkamp FT 250. Emanuel a rapidement lancé des appels radio dans toutes les directions, et jusqu’au bout de la nuit, malheureusement sans résultat.

Voyant ma fatigue et sachant que je devais partir travailler tôt le lendemain matin, il m’a dit : ‘Pascal, rentre chez toi, mais ne t’inquiète pas. Je ne vais rien lâcher et je continuerai tant qu’il le faudra !’

C’est inquiet que je suis reparti pour le travail après une nuit blanche. Mais dans les jours qui ont suivi, F6AIR, Emanuel, m’a donné de très bonnes nouvelles. Emanuel était originaire de la ville de Thessalonique, en Grèce, ce qui a été une chance énorme. Peu après mon départ, il a établi un contact radio avec un navire marchand qui naviguait justement au large de la Floride. Le radio à bord était grec et également originaire de Thessalonique. Entre leurs origines communes et leur langue maternelle, une sympathie immédiate s’est créée entre eux. Le radio du cargo a promis à Emanuel de faire son possible pour joindre le yacht et informer le cuisinier du décès de sa mère.

Les jours passant, je me suis dit que peut-être nous avions tout fait pour rien !

Contre toute attente, ce week-end-là, à l’heure du dîner, ma sonnette a retenti à nouveau. C’était le vieil homme, tenant une bouteille de bon vin à la main (à consommer avec modération), son visage éclairé cette fois par un large sourire. ‘Merci, merci, merci à vous! Mon fils était présent pour les funérailles de sa mère. Je pense que c’est grâce à vous », me dit-il. Son bateau ayant reçu un message radio de la part d’un cargo grec, il avait pu débarquer et prendre l’avion pour rejoindre la France puis le Creusot.

J’ai alors ressenti une immense joie, la radio permet de relier les hommes ! J’ai expliqué à mon visiteur que je partagerais cette nouvelle, avec mon copain F6AIR, car c’est à lui que revenait tout le mérite de cette réussite. Mon action n’avait été là plus que modeste, puis il y avait aussi cet opérateur radio Grec. Nous avons partagé, lui et moi, ce moment de bonheur. Seul, nous ne pouvions rien, mais tous ensemble avec la radio, ce fut un beau dénouement.

Emanuel était un ami formidable, plein de gentillesse, mais il n’est malheureusement plus de ce monde aujourd’hui.

Voilà, chers lecteurs, vous savez tout de ce qui fait que, aujourd’hui encore, ma passion reste chevillée en moi.

The genesis of my passion

The genesis of my passion for radio dates back to when I was ten years old, when French television aired the magnificent film by Christian-Jaque, « If All the Guys in the World. » This film told the poignant story of a trawler from Concarneau, the « Lutèce. »

While out in the North Sea, the crew was struck by botulism after consuming spoiled ham brought by the captain’s second. With the onboard radio out of service, they were unable to call for help. However, the captain of the « Lutèce » had a ham radio transceiver with him. By sending repeated calls, he managed to contact a ham radio operator based in Togo.

This marked the beginning of a chain of solidarity across the world, from Togo to Paris, Germany, even crossing the Berlin Wall, despite the antagonism between Russians and Americans. The trawler eventually made it back to Concarneau, its crew safe and sound, after vaccines were airdropped to them and after many adventures.

This film deeply touched me because it demonstrates that if all human beings had the same desire for brotherhood as the radio amateurs, then wars would have no reason to exist, and peace would prevail.


In light of current events, this reflection sadly remains relevant. « Ah, if all the guys in the world would just join hands! »


It was after watching this film that the small seed of passion blossomed within me, and I must admit that even after the 55 years that have passed since seeing it, this passion remains intact for me!


A few years later, I started buying electronics magazines, especially « Le Haut-Parleur, » and I embarked on my first superheterodyne receiver projects. Of course, they never worked properly. One day, I showed my creations to an OM, unfortunately now deceased and greatly missed by me, F6FTE, Emile. As he examined them, he gave a little smile and said, « You know, Pascal, your setups will never work! » I was taken aback. He added, « Well, yes, only bricklayers succeed with this type of setup! » « You’ve put too much care into the layout of your printed circuits and the placement of your electronic components.

To make a transistor oscillate (the principle of the superheterodyne receiver), you have to do it more rudimentarily, like a bricklayer. » Oh, Emile, he reassured me! I moved on to something else because, to be honest, the superheterodyne wasn’t for me. I never succeeded with that type of setup.

Then came the era of Citizen Band (CB), with all the advantages it offered in terms of access to skills and learning the basics of technical knowledge as well as good practices in radio communication. Unfortunately, CB also had its downsides. Where there is freedom, there will always be people who abuse it at the expense of the majority.

I spent a long period as a SWL (Short Wave Listener), which also constitutes an excellent school. You learn a lot before taking a new step. Then, passionate about VHF and what it enables, I passed the Class 3 amateur radio certificate, non-CEPT. After obtaining my certificate, the supervisory authority assigned me the call sign F0DMG. Among radio amateurs, we often only know each other by our names or first names.

Before concluding my narrative, I will tell you about a particular moment I experienced during my time as a SWL. At that time, I lived in Le Creusot and worked at the traction unit of Creusot Loire, now known as Alstom. After obtaining my welding certifications, I worked in welding robot programming, which was an exciting period of my life.

One evening, during dinner time, my apartment doorbell rang, and I found myself face to face with an elderly man in tears. Apologizing for disturbing me, he explained the reason for his sorrow. He had just lost his wife and couldn’t reach his son, who was a chef on a yacht, to break the sad news to him. The radio service in Saint-Lys couldn’t reach the ship, which was at that moment off the coast of Florida. The old man had noticed the antennas on my balcony and, desperate, decided to try his luck by knocking on my door.


Touched by his story, I explained to him that, being just a simple listener, I didn’t have the right to transmit on shortwaves. I then thought of my friend Emanuel F6AIR, who had his license. I explained to my visitor that I would do my best to ensure that his son was informed of this painful news. I grabbed my headphones, gloves, hopped on my motorcycle, and headed to the school in Montchanin (71), where F6AIR lived in a staff apartment as the director. Upon arrival, I explained to Emanuel the reason for my visit.

Once again, the amateur radio spirit worked wonders. We found ourselves in the hallway of his apartment, sitting at a small table where a Sommerkamp FT 250 stood proudly. Emanuel quickly made radio calls in all directions, and throughout the night, unfortunately without any result.

Seeing my fatigue and knowing that I had to go to work early the next morning, he said to me, « Pascal, go back home, but don’t worry. I won’t give up, and I’ll continue for as long as it takes! »


I left for work after a sleepless night, feeling anxious. But in the days that followed, F6AIR, Emanuel, gave me very good news. Emanuel was originally from the city of Thessaloniki, Greece, which turned out to be a stroke of luck. Shortly after I left, he made radio contact with a merchant ship sailing off the coast of Florida. The radio operator onboard was Greek and also from Thessaloniki. With their common origins and mother tongue, an immediate bond was formed between them. The radio operator on the cargo ship promised Emanuel that he would do his best to reach the yacht and inform the cook of his mother’s passing.

As the days went by, I began to wonder if perhaps we had done everything for nothing!

Against all odds, that weekend, at dinner time, my doorbell rang again. It was the elderly man, holding a bottle of good wine (to be consumed in moderation) in his hand, his face now lit up with a wide smile. « Thank you, thank you, thank you! My son was present for his mother’s funeral. I believe it’s thanks to you, » he said to me. His boat had received a radio message from a Greek cargo ship, allowing him to disembark and take a plane to France and then to Le Creusot.

I felt immense joy at that moment, realizing how radio connects people! I explained to my visitor that I would share this news with my friend F6AIR because he deserved all the credit for this success. My role had been modest at best, and there was also that Greek radio operator. We shared this moment of happiness together. Alone, we could do nothing, but together with radio, it was a beautiful outcome.

Emanuel was a wonderful friend, full of kindness, but sadly he is no longer with us today.

So, dear readers, now you know everything that keeps my passion alive within me to this day.

F0DMG Pascal

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