Un front stabilisé, mais un enjeu majeur
En ce 11 novembre, je veux me souvenir des milliers de jeunes hommes qui, il y a plus d’un siècle, ont répondu à l’appel de la France et se sont engagés dans les combats de la Première Guerre mondiale. Parmi eux, des jeunes soldats venus du département de l’Ain, animés par un profond patriotisme et un amour sincère pour notre pays, allaient écrire une page héroïque de notre histoire.

Du 8 au 13 janvier 1915, dans le secteur de Crouy, près de Soissons, se joua une bataille décisive. Le front, après la « course à la mer », s’était stabilisé, mais les forces françaises cherchaient encore à reprendre l’initiative face aux armées allemandes. La colline de Crouy, surplombant la vallée de l’Aisne, représentait un point stratégique majeur : qui la contrôlerait pourrait empêcher l’ennemi d’avancer et protéger le secteur.

Des conditions de combat extrêmes
Le 44ᵉ régiment d’infanterie, et son 2e Bataillon composé pour beaucoup de jeunes hommes du département de l’Ain, fut envoyé en première ligne pour défendre cette position. Les conditions étaient terribles : froid glacial, neige, boue et tirs d’artillerie incessants. Chaque instant sur cette colline était un combat pour survivre.
Malgré l’intensité du feu ennemi et les pertes terribles, ces soldats tinrent bon, déterminés à défendre la France et à protéger leurs camarades.

Courage et héroïsme jusqu’à la dernière cartouche
Les attaques allemandes se succédèrent, et peu à peu, le régiment fut décimé. Mais jamais l’ennemi ne parvint à reprendre la colline. Chaque soldat fit preuve d’un courage extraordinaire, défendant sa position jusqu’à la dernière cartouche. Leur héroïsme et leur sens du devoir permirent de stabiliser le front et de protéger les forces françaises dans le secteur.
Je me souviens de ces jeunes hommes courageux, de leur bravoure et de leur patriotisme. Ils ont donné leur vie si jeunes, sans jamais pouvoir profiter des beautés simples de la vie, ni voir leurs rêves se réaliser.

Mon grand-oncle, l’un de ces héros
Parmi eux, un des héros de cette bataille n’était autre que mon grand-oncle : Joseph Marie Eugène Guillemoz, né en 1893, du 44ᵉ régiment d’infanterie, 2ᵉ Baitaillon, mort pour la France le 13 janvier 1915 à Crouy, à seulement 22 ans.
Une mémoire retrouvée
Pendant longtemps, personne ne savait exactement ce qu’était devenu mon grand-oncle sur le monument de Treffort‑Cuisiat. Une erreur d’orthographe et l’inversion de son prénom avaient fait disparaître son nom parmi les autres. Grâce à Monsieur Dimarino, président du Souvenir Français de l’Ain, qui a mené des recherches approfondies, l’erreur a été retrouvée et tout a été regravé correctement sur le monument, grâce au financement du Souvenir Français.

Avant cela, nul ne savait vraiment ce qu’il était devenu. Mais, grâce à l’ouverture des archives à l’occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale, mes recherches ont permis de retracer les derniers jours de Joseph Marie Eugène Guillemoz, et de comprendre le courage et le sacrifice dont il a fait preuve jusqu’au bout.

Aujourd’hui, son nom est enfin correctement inscrit sur le monument, et son souvenir, ainsi que celui de ses camarades, peut être honoré avec la dignité qu’ils méritent. Son courage reste pour moi un exemple éternel de dévouement et d’héroïsme, et un rappel de l’importance de la mémoire et du respect envers ceux qui se sont sacrifiés pour la France.

A propos de la bataille de Crouy en 1915, voici ce qu’écrivais à sa sœur un soldat du 44e RI de Lons le Saunier qui avait combattu à Crouy
Il sera un peu plus tard affecté début 1916 comme conducteur au 107e d’artillerie lourde (envoi de Michel-Jacques DU…)
Puisieux (Marne) le 21 janvier 1915 :
Je viens répondre à votre lettre qui m’a bien fait plaisir d’avoir de vos bonnes nouvelles.
Je vous dirais d’abord que je suis toujours en bonne santé malgré que nous avons passé de bien mauvais jours ces temps.
Nous sommes partis brusquement d’Hastines où nous étions en repos, nous avons marché deux jours et deux nuits sans repos ni nourriture, on a pris à peine le temps de faire du café. Il y avait depuis le 8 janvier de grandes attaques sur Soissons, nous avons été rappelés pour renforcer les troupes qui occupaient les tranchées, mais malheureusement cela a mal tourné pour nous.
Dans la nuit du 13 au 14 on a traversé l’Aisne, les 1er et 2e bataillons étaient en avant, et nous nous sommes restés en arrière, on a passé la nuit derrière un mur percé de créneaux prêts à tirer, mais nous n’en avons pas eu l’occasion.
A 4 heures du matin on vient nous prévenir qu’il fallait repasser l’Aisne, qu’on était sur le point d’être cerné, nous n’avons eu que le temps de se retirer sans pertes, mais il n’en a pas été ainsi pour les 1er et 2e bataillons qui ont été presque entièrement détruits, surtout le 2e, il est revenu 150 hommes sur 1200.
Henri MAROT y est resté, je pense qu’il sera que prisonnier, je n’ai pas pu savoir ce qu’il était devenu.
Sur 6 conducteurs qui étaient partis avec moi il en est revenu rien qu’un, c’est bien triste de voir ça, c’est la 5e fois que le 44e est éprouvé comme ça!
On compte les hors de combat à 6 ou 7 mille. On nous a ramenés en arrière pour reformer le Régiment après 8 jours que nous avions passés aux alentours de Soissons, sans repos et sans abris par la pluie.
Nous avons fait 12 heures de marche , jamais je ne me suis senti aussi fatigué, ça va bien maintenant, nous sommes logés dans une grande ferme, je voudrais bien que l’on y reste le reste de la campagne, le 44e a bien fait sa part, mais hélas on ne sait pas encore ce que l’avenir nous réserve.
Espérons que la fin de toutes ces tueries viendra bientôt. Dans l’espoir que ma lettre vous trouvera tous en bonne santé, je vais vous quitter en vous embrassant bien affectueusement. Tu diras bien des choses à toute la famille et à Maman quand tu iras à M…… Tu diras aussi à Tante Victorine ce qui est arrivé à Henri, tu diras qu’il est prisonnier quoiqu’il peut bien être blessé ou tué, ils sont tous restés aux mains des boches.
En attendant le bonheur de vous revoir et de recevoir de vos nouvelles je vous embrasse tous encore une fois.
L’ennemi contre-attaque sans relâche avec des effectifs sans cesse renouvelés.

Le 3e bataillon est engagé vers le soir pour couvrir la droite du régiment un instant menacée. Mais, dans la nuit, ordre est donné d’occuper une ligne de repli et de repasser l’Aisne.
Le 2e bataillon, qui se trouve en flèche, ne peut se dégager. Pendant près de quinze heures, complétement cerné, il lutte désespérément, et cet îlot de résistance qui exaspère l’ennemi se resserre progressivement au fur et à mesure que les défenseurs tombent et que les munitions s’épuisent. Quand les Allemands en viennent à bout, il ne reste qu’une poignée d’hommes exténués, blessés pour la plupart.
Nos morts sont nombreux, mais l’ennemi a des pertes plus sévères encore et l’avance tentée sur Soissons est définitivement enrayée.
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