Il suffit parfois d’allumer son poste, de tourner doucement le VFO, d’entendre quelques appels venus du bout du monde, pour retrouver foi en l’humanité.
Pendant que les journaux nous parlent de guerres, de frontières qui se ferment, de peuples qui s’affrontent, de haine, d’argent, de pouvoir et d’intérêts qui écrasent les hommes, il existe un univers discret où tout cela semble perdre son importance : celui des radioamateurs.

Sur les ondes, il n’y a ni couleur de peau, ni religion, ni parti politique, ni drapeau qui sépare. Il y a seulement des femmes et des hommes qui tendent une antenne vers le ciel avec l’espoir d’entendre une voix amie.

Cette fraternité universelle me rappelle ce magnifique film de Christian-Jaque, Si tous les gars du monde. On y voit des pêcheurs bretons perdus en mer, victimes d’une intoxication. Leur salut viendra d’une extraordinaire chaîne de solidarité internationale rendue possible par la radio. Des inconnus, séparés par des milliers de kilomètres, unissent leurs efforts pour sauver des vies.
Quel message magnifique !
Car la radio n’est pas seulement une technique.
Elle est une main tendue.
Lorsque Guglielmo Marconi réalisa ses premières liaisons sans fil, il nourrissait un rêve immense. Lui qui s’intéressait à l’Espéranto, cette langue conçue pour rapprocher les peuples, espérait que les hommes pourraient enfin se parler au-delà des frontières. Que la connaissance mutuelle ferait disparaître les malentendus, les haines et les guerres.
Quel rêve extraordinaire…

Hélas, l’Histoire a suivi un autre chemin.
La radio est devenue aussi un instrument de guerre. Elle a guidé des bombardiers, coordonné des armées, servi la propagande. Les hommes ont continué à s’entretuer malgré les progrès techniques.
Car le problème n’a jamais été la technologie.

Ce sont toujours les mêmes démons qui tourmentent l’humanité : l’argent qui corrompt, le pouvoir qui aveugle, l’avidité qui dévore, la politique qui divise, l’égoïsme qui enferme, la bêtise qui refuse d’écouter.
Les siècles passent, les moyens de communication évoluent, mais les mêmes tragédies se répètent.
Et pourtant…
Chaque jour, silencieusement, les ondes parcourent notre planète.
Elles traversent les océans, franchissent les montagnes, ignorent les frontières tracées par les hommes.
Et chaque jour, des radioamateurs se parlent.
Un Ukrainien échange avec un Russe.
Un Israélien répond à un Iranien.
Un Américain salue un Chinois.
Des peuples dont les gouvernements s’opposent se découvrent soudain une passion commune, une curiosité réciproque, parfois même une amitié.
Sur les bandes radioamateurs, il n’y a pas d’ennemis.
Il n’y a que des indicatifs, des voix, des sourires que l’on devine derrière un micro.
Il n’y a que cette joie enfantine de réussir une liaison improbable et ce respect mutuel qui naît d’une passion partagée.
Et puis il y a ces moments extraordinaires où la magie des ondes descend jusque dans les collèges et les écoles.
Des jeunes, parfois impressionnés, prennent un micro et appellent l’espace.
À plus de 400 kilomètres au-dessus de leurs têtes, l’équipage de la Station spatiale internationale leur répond.

Quelle merveilleuse leçon !
Là-haut, des femmes et des hommes venus de nations différentes vivent ensemble. Ils parlent plusieurs langues, portent des cultures différentes, représentent parfois des pays dont les gouvernements ne sont pas toujours d’accord.
Et pourtant, ils coopèrent.
Ils partagent le même espace, les mêmes risques, les mêmes espoirs.
Ils forment un équipage.
Comme les radioamateurs forment une immense famille.
À travers ces contacts avec les écoles, les jeunes découvrent bien plus que la science ou la technique. Ils apprennent qu’il est possible de dialoguer, d’écouter l’autre, de s’émerveiller ensemble.
Ils découvrent que les ondes ne transportent pas seulement des voix.
Elles transportent aussi des rêves.

Le rêve qu’un jour les hommes comprendront enfin ce que les radioamateurs savent depuis longtemps : qu’il est infiniment plus beau de chercher à se parler que de chercher à se vaincre.
Lorsque des enfants interrogent des astronautes venus des quatre coins du monde, lorsque des radioamateurs rendent cette rencontre possible, on se prend à croire que l’humanité n’est pas condamnée à ses querelles.
Car si, dans le vide glacé de l’espace, des nations peuvent vivre et travailler ensemble, alors peut-être qu’ici-bas, sur notre petite planète bleue, nous finirons un jour par comprendre que nous partageons tous le même voyage.
Le radioamateur sait, mieux que beaucoup, qu’avant d’être Français, Japonais, Brésilien ou Sud-Africain, nous sommes simplement des habitants de la même planète.
Une planète fragile, magnifique, suspendue dans le silence du cosmos.
Alors, lorsque j’écoute les nouvelles du monde et que je vois tant de violence, je me surprends à espérer.

J’espère que quelque part, dans le crépitement d’un signal faible, dans le rythme d’un manipulateur Morse ou dans la chaleur d’un simple « Bonjour, mon ami », survit encore le rêve de Marconi.
Le rêve d’un monde où les hommes se parlent au lieu de se combattre.
Un monde où les ondes ne servent plus à diriger des armes, mais à rapprocher les cœurs.
Un monde où, enfin, si tous les gars du monde voulaient se donner la main… alors peut-être que la Terre tournerait un peu plus rond.
Et si ce rêve paraît naïf, qu’importe.
Car chaque jour, quelque part sur Terre, un radioamateur lance un appel.

Chaque jour, un autre lui répond.
Et tant qu’il y aura une voix pour répondre à une autre voix, tant qu’il y aura un enfant émerveillé de parler à l’espace, tant qu’il y aura des hommes et des femmes pour tendre une antenne vers le ciel plutôt qu’un poing vers leur voisin, alors l’espérance aura encore une fréquence.
Pascal F0DMG
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