16/07/2026
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Saint-Exupéry nous avait prévenus

« Il n’y a qu’un problème, un seul de par le monde : rendre aux hommes une signification spirituelle… »
Antoine de Saint-Exupéry, Lettre au Général X

Si vous souhaitez comprendre mon texte, lire ou écouter La Lettre au Général X , c’est ici :

Je ne suis ni historien, ni philosophe.

Je suis simplement un Français libre.

Un homme qui aime profondément son pays, qui croit à la démocratie, à la souveraineté des peuples, à la liberté de conscience et à cette certaine idée de l’Homme que Saint-Exupéry a défendue toute sa vie.

Chaque fois que je referme la Lettre au Général X, le même sentiment m’habite.

Plus de quatre-vingts ans nous séparent de ces lignes, et pourtant j’ai parfois l’impression qu’elles ont été écrites pour notre époque.

Saint-Exupéry ne parlait pas seulement de la guerre.

Il parlait de l’Homme.

Il parlait de cette mécanique qui finit toujours par broyer les peuples lorsqu’une société remplace la conscience par la technique, le citoyen par l’administré, le bon sens par la technocratie.

Il avait compris avant beaucoup d’autres qu’une civilisation commence à mourir le jour où elle oublie que l’Homme doit rester au centre de toutes les décisions.

C’est précisément ce que je crois voir aujourd’hui.

Je regarde l’Europe telle qu’elle fonctionne désormais et je ne reconnais plus l’idéal qui m’avait été présenté.

Je vois une construction qui donne parfois le sentiment d’échapper aux peuples eux-mêmes.

Des décisions majeures semblent prises toujours plus loin des citoyens.

Des traités, des règlements, des accords internationaux engagent durablement l’avenir de nos nations, alors que beaucoup ont le sentiment de ne plus être réellement consultés.

Je crois profondément à l’Europe des nations.

Je crois à une Europe qui coopère.

Je crois à une Europe qui protège.

Mais je ne crois pas à une Europe qui déciderait à la place des peuples.

Je ne crois pas qu’une technocratie, aussi brillante soit-elle, puisse remplacer la volonté populaire.

Parce qu’une démocratie ne vit que si le peuple reste souverain.

Saint-Exupéry écrivait qu’une civilisation meurt lorsqu’elle oublie l’Homme.

Lorsque je regarde notre pays, je ne peux m’empêcher de penser qu’il avait vu juste.

Je vois des hôpitaux qui manquent de moyens.

Je vois une justice qui peine à remplir ses missions.

Je vois des policiers, des gendarmes, des militaires auxquels on demande toujours davantage.

Je vois nos agriculteurs lutter pour simplement vivre de leur travail.

Je vois des communes abandonner peu à peu leurs services publics.

Et je vois, chaque été, des milliers d’hectares partir en fumée.

Depuis des années, nous savons que le risque d’incendies augmente. Pourtant, notre pays peine encore à disposer de moyens suffisants pour protéger efficacement ses forêts et ses habitants.

Une phrase de Jacques Chirac me revient souvent à l’esprit :

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. »

Aujourd’hui, j’ai parfois le sentiment que ce n’est plus seulement la planète qui brûle.

C’est aussi la France.

Je regarde également la manière dont l’Europe aborde la guerre en Ukraine.

Ce qui me frappe le plus, ce n’est pas seulement le soutien militaire apporté à ce pays.

C’est l’effacement progressif de la diplomatie.

J’ai le sentiment que la voix de la France, autrefois écoutée parce qu’elle savait parler à toutes les parties, a perdu une grande partie de son poids sur la scène internationale.

Notre pays fut longtemps une puissance capable de favoriser le dialogue.

Aujourd’hui, j’ai parfois le sentiment qu’il s’inscrit davantage dans une logique de confrontation que dans une volonté d’être un artisan de paix.

Je ne prétends pas détenir la vérité.

Mais je reste convaincu qu’aucune guerre ne se termine durablement sur un champ de bataille.

Toutes les guerres finissent, un jour ou l’autre, autour d’une table de négociation.

C’est pourquoi je m’interroge lorsque les efforts diplomatiques semblent relégués au second plan.

Je crains qu’en privilégiant toujours davantage l’escalade militaire au détriment de la recherche d’une solution politique, nous contribuions à prolonger un conflit qui a déjà coûté la vie à des centaines de milliers de personnes, militaires comme civiles.

Chaque mois supplémentaire apporte son lot de souffrances, de familles brisées, de villes détruites et de générations sacrifiées.

Je voudrais que l’Europe retrouve la voix de la diplomatie.

Je voudrais que la France redevienne cette nation capable de parler à tous, parce qu’elle cherche d’abord la paix.

L’Histoire nous enseigne que les grandes tragédies naissent souvent lorsque le dialogue cède définitivement la place à la confrontation.

C’est cette perspective qui m’inquiète le plus.

Si nos dirigeants renoncent durablement à faire de la diplomatie leur première arme, je crains que l’Europe ne s’engage dans une spirale d’escalade dont personne ne peut mesurer les conséquences humaines.

Saint-Exupéry savait qu’une victoire militaire ne suffit jamais à construire la paix.

Une paix véritable ne peut naître que lorsque les hommes acceptent de se parler à nouveau.

C’est cette leçon que je refuse d’oublier.

J’observe également une autre évolution qui m’inquiète.

Hier, nos anciens jouaient à la belote ou au bridge.

Aujourd’hui, les écrans occupent chaque instant.

Football, tennis, compétitions permanentes, polémiques sans fin, réseaux sociaux…

Je n’ai rien contre le sport.

Bien au contraire.

Mais je m’interroge lorsque le divertissement finit par occuper toute la place.

Pendant que nous commentons le dernier match, qui lit encore les textes de loi ?

Qui s’intéresse réellement aux transferts de souveraineté ?

Qui mesure les conséquences des décisions prises à Bruxelles ou à Paris sur notre quotidien ?

Je crains que le plus grand danger ne soit pas le divertissement lui-même.

Je crains qu’il ne devienne une distraction permanente qui détourne notre regard de l’essentiel.

Saint-Exupéry redoutait déjà un monde où l’Homme deviendrait un simple numéro.

Aujourd’hui, les nouvelles technologies, la multiplication des fichiers, la collecte des données, la généralisation des procédures numériques et les dispositifs de surveillance nourrissent chez de nombreux citoyens des interrogations sur la protection de leurs libertés individuelles.

La sécurité est nécessaire.

Mais une démocratie ne peut durablement vivre si chaque liberté finit par être conditionnée, contrôlée ou surveillée.

Je refuse une société où l’administration deviendrait plus importante que l’Homme.

Je refuse que la technocratie remplace progressivement la démocratie.

Je refuse que des experts, aussi compétents soient-ils, décident durablement à la place des peuples.

Je suis un homme libre.

Je ne suis prisonnier d’aucun parti.

Je ne défends aucune chapelle.

Je défends une certaine idée de l’Homme.

Je crois que la liberté n’est jamais définitivement acquise.

Je crois que chaque peuple doit pouvoir disposer librement de son destin.

Je crois que la souveraineté populaire n’est pas un vieux concept dépassé.

Elle demeure le fondement même de la démocratie.

Je crois enfin que la grandeur d’une nation ne se mesure pas seulement à sa richesse ou à sa puissance militaire.

Elle se mesure au respect qu’elle porte à ses citoyens, à sa parole donnée, à sa justice, à sa culture, à son histoire et à ses libertés.

C’est pourquoi je continue de penser que Saint-Exupéry fut un visionnaire.

Il ne dénonçait pas un homme.

Il dénonçait une dérive.

Il nous avertissait que les civilisations meurent rarement sous les coups de leurs ennemis.

Elles meurent lorsqu’elles remplacent l’Homme par le système.

Lorsqu’elles substituent la procédure à la conscience.

Lorsqu’elles demandent l’obéissance là où elles devraient encourager la responsabilité.

Saint-Exupéry est tombé dans le ciel de France sans connaître le monde qui serait le nôtre.

Pourtant, il nous avait laissé une boussole.

Il nous avait appris que les civilisations ne meurent pas seulement sous les bombes.

Elles meurent lorsqu’elles renoncent à l’Homme, lorsqu’elles remplacent la liberté par la conformité, la responsabilité par la soumission et le courage par le confort.

Je ne sais pas ce que sera demain.

Mais je sais une chose.

Tant qu’il restera des femmes et des hommes capables de défendre la liberté lorsque celle-ci recule…

Tant qu’il restera des citoyens qui placeront l’Homme avant les systèmes…

Tant qu’il restera des Français qui aimeront leur pays sans haïr les autres peuples…

Alors l’espérance ne sera jamais perdue.

C’est cette France que j’aime.

Une France libre de sa parole, libre de ses choix et fidèle à son histoire.

C’est cette Europe des peuples que j’appelle de mes vœux, une Europe qui respecte les nations parce qu’elle sait que leur diversité fait sa richesse.

Et c’est à Antoine de Saint-Exupéry que je dois, en partie, de ne jamais cesser d’y croire.

Car une nation n’est véritablement grande que lorsqu’elle demeure au service de l’Homme, et jamais l’Homme au service des systèmes qu’il invente.

Épilogue – La dernière lumière

Parfois, je ferme les yeux et j’imagine Antoine de Saint-Exupéry traversant une dernière fois le ciel de France, celui qu’il aimait tant. Je me demande ce qu’il penserait de notre époque. Il verrait sans doute des machines infiniment plus puissantes que celles qu’il pilotait, des moyens de communication capables de relier le monde en quelques secondes, une science dont il n’aurait osé rêver.

Mais je crois aussi qu’il nous poserait une question d’une simplicité désarmante :

L’Homme est-il devenu plus libre ?

Car le véritable progrès ne se mesure pas à la vitesse de nos ordinateurs, à la puissance de nos algorithmes ou au nombre de règlements que nous sommes capables de produire.

Le véritable progrès se mesure à la place que nous laissons à la liberté, à la responsabilité, à la dignité humaine et à cette part de conscience qui fait de chacun de nous un être unique.

Une civilisation ne devient pas grande parce qu’elle sait tout organiser.

Elle devient grande lorsqu’elle n’oublie jamais que derrière chaque décision se trouve un visage, une famille, une espérance.

Et c’est précisément cela que Saint-Exupéry voulait sauver.

Non pas un régime.

Non pas une idéologie.

Mais l’Homme.

Pascal Guillemoz


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