22/06/2026
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J’ai connu une autre France.

Une France qui n’était peut-être pas parfaite, mais qui croyait en elle-même.

Une France où les usines fumaient encore, où les paysans nourrissaient le pays avec fierté, où l’école enseignait le savoir autant que le respect, où la parole donnée avait un sens et où l’on pouvait laisser sa porte entrouverte sans vivre dans la crainte.

J’ai connu une France qui regardait l’avenir avec confiance.

Une France qui construisait des avions, des centrales, des paquebots, des routes et des rêves.

Une France qui ne demandait la permission à personne pour être elle-même.

Cette France avait une voix.

Et cette voix portait loin.

C’était celle du général Charles de Gaulle.

Il nous avait légué bien plus qu’un pays : une certaine idée de la France.

Une nation libre.

Une nation souveraine.

Une nation respectée parce qu’elle refusait de se soumettre.

Aujourd’hui, lorsque je regarde mon pays, je ne peux m’empêcher d’éprouver une profonde tristesse.

Que reste-t-il de cette grandeur ?

Nos usines ferment.

Nos campagnes se meurent.

Nos agriculteurs désespèrent.

Notre dette enfle.

Nos services publics vacillent.

Nos libertés semblent peu à peu se réduire.

Et surtout, le peuple a le sentiment qu’on ne lui demande plus son avis.

Comme si la démocratie n’était plus qu’un rituel.

Comme si les grandes décisions se prenaient ailleurs.

L’Europe…

Quelle magnifique idée pourtant !

Après les guerres qui ont ensanglanté notre continent, qui aurait pu s’opposer à l’amitié entre les peuples ?

Qui aurait refusé la coopération entre des nations libres et souveraines ?

Mais cette Europe des peuples, cette Europe des nations, s’est lentement transformée.

Elle est devenue, pour beaucoup, une machine froide.

Une technocratie lointaine.

Un pouvoir qui décide, réglemente, impose.

Un pouvoir qui dit parfois : « Il n’y a pas d’alternative. »

Et pourtant, dans une démocratie, il y a toujours une alternative.

En 2005, le peuple français a dit non à une Constitution européenne.

Mais ce non fut contourné.

Beaucoup ne l’ont jamais oublié.

Une blessure silencieuse s’est ouverte ce jour-là.

Et depuis, la confiance s’est érodée.

Sous les présidences de Nicolas Sarkozy, de François Hollande puis d’Emmanuel Macron, beaucoup ont eu le sentiment d’assister à une même histoire : celle d’un pays qui renonce peu à peu à décider pour lui-même.

Et que dire de notre diplomatie ?

La France fut jadis une puissance d’équilibre.

Elle parlait avec tous.

Elle savait dire non.

Elle savait tendre la main.

Elle cherchait la paix sans jamais renoncer à son indépendance.

Aujourd’hui, j’ai parfois le sentiment que le langage de la diplomatie s’efface devant celui de la confrontation.

L’Europe semble parler plus volontiers de sanctions, de rapports de force et de réarmement que de négociations et de paix.

À force de s’impliquer dans des conflits où s’affrontent de grandes puissances, à force de choisir un camp contre un autre, certains craignent que nos dirigeants nous entraînent sur une pente dangereuse.

La guerre.

Ce mot que nos parents et nos grands-parents redoutaient plus que tout.

La guerre que nous pensions avoir éloignée pour toujours.

La Russie est une grande nation.

On peut être en désaccord avec sa politique, condamner certaines de ses actions, mais croire que la paix se construit en ignorant ses intérêts ou en multipliant les provocations serait une illusion dangereuse.

Jusqu’où irons-nous ?

Jusqu’à quand cette escalade pourra-t-elle durer ?

Qui parle encore de paix avec la même force que l’on parle d’armements ?

Qui ose encore dire que la première victoire d’un homme d’État n’est pas de gagner une guerre, mais de l’empêcher ?

Je refuse de croire que la France soit condamnée à devenir une province d’un ensemble sans âme.

Je refuse de croire que notre peuple ait perdu sa volonté.

Car il n’existe aucun verrou que la volonté d’un peuple libre ne puisse faire sauter.

Aucune fatalité.

Aucune chaîne éternelle.

Retrouvons notre fierté.

Retrouvons cette insolence gauloise qui nous faisait tenir debout quand tout semblait perdu.

Retrouvons l’esprit du général de Gaulle, sortons de cette Europe dangereuse.

Réapprenons à aimer notre pays sans honte.

À défendre nos libertés sans peur.

À transmettre notre histoire sans nous excuser.

Et peut-être alors pourrons-nous bâtir une autre Europe.

Une Europe des nations libres.

Une Europe de la coopération plutôt que de la soumission.

Une Europe des peuples plutôt qu’une Europe des bureaucraties.

Car aimer la France, ce n’est pas détester les autres.

C’est croire qu’elle a encore quelque chose d’unique à offrir au monde.

Et moi…

Malgré les doutes.

Malgré les colères.

Malgré les inquiétudes.

Je continue d’y croire.

Parce qu’au fond de mon cœur, comme dans celui de millions de Français, brûle encore cette flamme obstinée :

La France n’est jamais aussi grande que lorsqu’elle choisit d’être elle-même.

Pascal Guillemoz


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